Arrêt du tabac

Les femmes libres fument !
Les femmes engagées fument ! 
Les intellectuelles, les élégantes, les artistes, les vedettes, les cool, toutes, elles fument !

D’où nous viennent certains stéréotypes ou certaines croyances au symbolisme si puissant qu’on ne saurait les remettre en cause ?
D’où nous viennent toutes ces choses que nous faisons au quotidien, sans y accorder plus d’attention que cela, en pensant que nous les faisons en toute indépendance et autonomie ? 
Ce que nous « choisissons » de consommer, manger et boire, pour qui nous votons, en qui nous croyons ?

D’où nous viennent tous ces comportements dont on pense qu’ils coulent de source parce que tout le monde « a toujours fait comme cela et continue à en faire autant »… et qu’on ne voit pas où est le traquenard.

Voici une anecdote historique, dans laquelle est impliqué, à l’insu de son plein gré , notre vieux Sigmund… 

Papa Freud a un neveu, Edward Bernays, né à Vienne et émigré aux Etats-Unis, qui a trop bien appris les leçons de son oncle en matière de psychanalyse et de symbolisme et devient en quelques années le plus grand manipulateur de cerveaux que l’époque ait jamais porté.
Les conséquences de son « œuvre » sont plus que jamais présentes aujourd’hui… car Edward fait des émules avec les légions d’hommes et de femmes qui, dans l’ombre des plus grandes marques (dont bien peu de bienfaiteurs de l’humanité), commandent, le mot n’est pas trop fort, nos comportements et modes de consommation…

Connu pour avoir été l’inventeur des relations publiques, en d’autres termes la « propagande », et de l’utilisation de la psychologie dans les techniques de marketing, en d’autres termes la « programmation des cerveaux à des fins mercantiles », Edward est l’homme qui a eu l’idée diabolique d’associer tabac et féminisme, convertissant du coup des générations entières de jeunes filles et de femmes à ce poison sous prétexte d’émancipation et de coolitude…

Voici l’affaire :

« Dans les années 20, Bernays est employé à l’année par l’American Tobacco.
Il faut dire qu’à cette époque le marché de la cigarette stagne, suite à une progression fulgurante durant la Première Guerre et dans les premières années d’après-guerre. En vendant des milliards de cigarettes à l’armée américaine qui les intégrait au paquetage du soldat, les compagnies du tabac avaient franchi une étape décisive en transformant l’image de la cigarette qui, avant la guerre, était dénigrée au profit du cigare ou de la chique jugés plus « virils ». Au début des année 20 donc, la cigarette est passée de « tabac pour mauviettes » à « symbole de l’Amérique fraternelle et virile ».

Maintenant les cigarettiers veulent que les femmes fument. Ils confient donc la mission à Bernays.

Ce dernier analyse la situation, soumet ses observations à un psychiatre de New York qui confirme ses soupçons : la cigarette constitue pour les femmes un symbole phallique qui représente le pouvoir de l’homme. Pour faire fumer les femmes il faut d’abord leur faire conquérir de manière symbolique des positions occupées par la gent masculine.

Bernays vient de trouver ses leaders d’opinion et il orchestre un des grands coups de marketing de l’histoire en détournant la procession de Pâques pour en faire un événement politique au profit des suffragettes. Une dizaine de jeunes premières, invitées par lui et soigneusement instruites du plan de bataille, se présentent au-devant de la procession, exhibent leurs cigarettes et les allument devant les photographes des journaux. Bernays lance le slogan aux journalistes présents : « elles allument des flambeaux pour la liberté », « they smoke their “torches of freedom”.

Du véritable petit lait, et d’ailleurs je ne résiste pas à un petit copier-coller d’un commentaire sur cet événement que j’ai lu sur un blog : « ça coule de source. Les journaux accordent la première page à la nouvelle. Les conservateurs vendent de la copie grâce à l’aspect scandaleux. Les progressistes sont charmés. Les féministes exultent, jubilent de l’ampleur du phénomène médiatique. Toute la société états-unienne est flattée sur la muqueuse par l’imparable évocation de la sacro-sainte liberté. La femme éprise d’émancipation devra simplement fumer. Fumer c’est voter ! Tout le monde profite des photos sexy de ces jolies jeunes femmes. Tous y gagnent ! C’est fantastique. Bernays avait compris que la femme de l’après-guerre avait bossé dans les usines pendant que les hommes étaient au front et il lui offrait un symbole phallique digne de l’ampleur de ses revendications, la clope. » Tout est dit.

Et Bernays d’enchaîner dans les années qui suivent en recrutant et créant des associations et autres collectifs médicaux et en faisant dire aux experts que la santé de la femme, c’est la minceur... et que le meilleur moyen d’y parvenir, c’est la clope.

Des publicités dans les journaux et les magazines, présentées par des regroupements de docteurs, de médecins de famille, de dentistes et d’instituts plus ou moins bidons (tous fondés par Bernays avec des fonds de American Tobacco) proposent ensuite carrément à la femme de tendre la main vers une cigarette plutôt que vers un bonbon, ce qui est tellement meilleur pour la santé. La campagne connaît un tel succès que les grands confiseurs et les producteurs de sucre attaquent American Tobacco en justice et réclament des dommages et intérêts. 

« C’est un triomphe, la femme est maigre, elle est libre, elle respire la santé ! »
(extrait de l’article « Edward Bernays, la fabrique du consentement ou comment passer du citoyen au consommateur »)

« Barneys détourne une histoire réelle (le combat des femmes pour leur libération) et permet à toutes celles qui ne luttent pas directement de se projeter en elle. 
Même les hommes sont invités à entrer dans le dispositif narratif, en prenant position : les
« progressistes » ne peuvent s’y opposer, car ceux qui le font deviennent de ce fait
« réactionnaires ». 

(extrait de l’article « Comment Edward Bernays a fait fumer les femmes »)

Alors, Chère Amie, la prochaine cigarette que vous allez glisser hors du paquet et que vous allez allumer… elle aura goût de quoi à votre avis ? 


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